Le mec de LinkedIn

Ulysse Lubin

22/7/2026

4

min de lecture

Ces dernières semaines, j’ai refait mon site web.

Vu de l’extérieur, ça ressemble à une corvée technique : changer des photos, réécrire des textes, déplacer des blocs. En réalité, c’est un exercice identitaire.

Refaire son site, c’est répondre à une question : quelle version de moi est-ce que je veux présenter au monde ?

Nous sommes tous composés de plusieurs personnages.

Je pourrais me définir comme un entrepreneur, un explorateur, un créateur de contenu, un écrivain, un sportif, un papa, un minimaliste, un lecteur de fiction.

Ces personnages cohabitent. Certains me prennent de l’énergie. D’autres me rechargent. Certains rapportent de l’argent. D’autres le dépensent.

Chaque personnage a son costume. Et parfois, quand on se regarde dans la glace, on se rend compte qu’il y en a un qui ne nous va plus. Alors, on décide de le ranger au placard. Sauf que, problème : on n’y arrive pas.

Je viens de le vivre, avec « le mec de LinkedIn ».

Le mec de LinkedIn

Ce personnage m’a porté, et c’est peu dire.

Entre les partenariats, ma formation LinkedIn et les bootcamps pour se lancer, il a rapporté 90 % de mes revenus sur les cinq dernières années.

Sauf que depuis un an, ce costume me gratte.

Je n’écris plus autant sur la plateforme. Les bootcamps ne me motivent plus. Et quand je croise une de mes pubs pour la Méthode Explorateur, je grimace.

Pourtant, je reste convaincu que c’est la meilleure formation francophone pour se lancer sur LinkedIn. C’est juste que... je ne m’y reconnais plus.

Surtout depuis que j’ai commencé ​Supranormal​. Cette nouvelle boîte m’excite. Je me régale à bosser sur la vision, le club, le mouvement.

Pour devenir le mec de Supranormal, celui de LinkedIn devait laisser sa place. J’ai donc retiré la page de la Méthode Explorateur et désactivé les publicités. Pendant quelques minutes, je me suis senti incroyablement léger.

Et puis, le mec de LinkedIn a commencé à négocier :

« Rah, quand même, ça ne coûte rien de laisser la page. » ; « Pourquoi pas laisser un petit bloc pour en parler sur l’accueil. » ; « Allez, je garde juste ma meilleure pub. »

Il m’a fallu quelques jours pour comprendre ce qui se passait. Et pour ça, j’ai dû repenser à deux personnages que j’avais déjà rangés.

Le fêtard et le nomade

Le fêtard, c’était le gars ultra sociable. Celui qui sortait tous les week-ends et tenait bien l’alcool. Un soir, j’ai décidé qu’il avait fait son temps. J’ai arrêté de boire, d’aller dans les bars et de me coucher au petit matin.

C’était plus facile que je ne l’avais imaginé.

Le nomade, c’était le gars libre, détaché de toute possession matérielle. Pendant 5 ans, j’ai changé de pays tous les mois et vécu dans un sac à dos. Quand le besoin de m’enraciner est arrivé, le nomade a résisté.

Voilà l’histoire qu’il m’a racontée : « Ulysse, tu veux t’installer ? Eh bien visite tout un tas de villes pour comparer avant de choisir. » C’est fort, non ?

Et c’est ce que j’ai fait : Bali, Lisbonne, Genève, Fuerteventura et j’en passe. Aucun endroit ne me correspondait à 100%. Après une année d’errance, j’ai finalement construit ​une tiny house​ sur le terrain de ​la Maison des Créateurs​, en Charente-Maritime, là où je venais déjà me poser entre deux voyages.

Alors, pourquoi le nomade a plus résisté que le fêtard ?

Au début, je pensais que c’était une question d’attachement, que le fêtard comptait moins pour moi que le nomade. Ce n’était pas ça.

Le fêtard m’avait bien servi. Pendant mes études, il m’apportait une forme de statut, une place dans un groupe, une vie sociale. En voyage, il me permettait de connecter avec des inconnus. Quand mes priorités se sont tournées vers le sport, le sommeil et le désir de paternité, le fêtard a perdu de son utilité.

Le nomade, lui, continuait de me payer. Voilà la différence. Toute mon image publique s’était construite avec ce costume. Je vendais ce lifestyle. J’en veux pour preuve d’avoir appelé ma formation LinkedIn « la Méthode Explorateur ».

Les personnages les plus difficiles à quitter ne sont pas ceux pour lesquels nous avons le plus d’affection. Ce sont ceux qui nous rémunèrent.

Les monnaies des personnages

Ils nous rémunèrent en sécurité, en reconnaissance, en amour, en fierté sur le visage de nos parents. Tant qu’un revenu tombe, le personnage négocie pour continuer d’exister.

Dans le lot, les personnages qui rapportent de l’argent sont les plus tenaces. Voilà pourquoi il est si difficile de quitter un job avec un bon salaire pour se lancer dans l’inconnu.

Je l’ai vécu en 2020, quand j’ai tout plaqué pour partir relever 100 challenges à travers le monde. Et je le revis en ce moment, avec le mec de LinkedIn.

Ce personnage, je m’y accroche depuis un an. Il faut dire que je traverse des difficultés financières. Et puis, je suis devenu papa. J’ai des responsabilités.

Vous voyez ? Là, c’est mon personnage qui se défend (et de bonne foi).

Reconnaître l’utilité de ses personnages

Quand on parle de changer, on s’imagine combattre ses anciennes versions, les tuer. Mais renier une part de soi, c’est se faire la guerre.

Les personnages qui nous encombrent ont eu un rôle important.

Le fêtard est à l’origine de mes histoires les plus rocambolesques. Le nomade a rallumé une flamme que ma vie à Paris éteignait. Le mec de LinkedIn m’a fait passer un sacré cap dans mes ambitions.

Aucun ne mérite d’être rejeté.

Chacun mérite d’être reconnu, remercié, puis rangé. Reconnu, parce qu’il fait partie de moi. Remercié, parce qu’il m’a été utile. Rangé, parce qu’il n’a plus à me définir aujourd’hui.

Un costume au placard nous appartient encore. Rien ne nous interdit de le ressortir le jour où une situation le réclame. La différence, c’est que cette fois, c’est nous qui le portons, et pas l’inverse.

C’est, je crois, la seule façon de changer en restant dans l’amour de soi.

Le mot de la fin

Ma négociation avec le mec de LinkedIn prend fin cette semaine.

Il a obtenu un répit pour la ​Méthode Explorateur​. Elle est encore accessible jusqu’à ce dimanche 26 juillet. Ensuite, je la retire définitivement de la vente.

D’ici là, voilà un exercice que vous pouvez faire :

  1. Listez tous vos personnages (au moins 10).
  2. Cherchez comment ils vous rémunèrent.
  3. Repérez ceux qui ne vous ressemblent plus.
  4. Demandez-vous pourquoi ils résistent.

Prenez soin de vous,

Ulysse (le mec de Supranormal)

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