Le fou sur la colline
Imaginez une petite colline.
Tout le monde chill dans l'herbe. Il y a de la musique.
Soudain, un type se lève. Torse nu. Il se met à danser. Seul. Avec des gestes désordonnés, ridicules.
Les gens le regardent. Certains rigolent. C'est le genre de mec qu'on pointe du coude à son voisin. Le fou du bus. Il continue de danser, fidèle à lui-même.
Puis, quelqu'un se lève. Il se met à danser à côté de lui. Le premier l'accueille. Ils sont désormais deux à réaliser des mouvements décousus. Et c'est l'éclate.
À cet instant précis, quelque chose s'enclenche.
Une troisième personne arrive. Peu après, ils sont cinq, puis dix. Le rythme accélère. Les gens ne se lèvent plus un par un. Ils déboulent par grappes.
En l'espace de deux minutes, ils sont plus d'une centaine, agglutinés.
Ils ne savent même plus comment tout cela a commencé. Ils dansent, collés les uns aux autres, emportés par un truc plus grand qu'eux.
Le premier danseur, lui, a disparu dans le mouvement.
Cette scène a vraiment eu lieu, en 2009, dans un festival. Elle a été filmée, et c'est l'une de mes vidéos préférées d'Internet.
Le véritable héros
Le héros de cette histoire, ce n'est pas celui qui danse depuis le début.
Tout seul, il n'est qu'un type bizarre qui s'agite sur une colline.
Le véritable héros, c'est le premier suiveur. Car son intervention a transformé un illuminé en leader. Quand on y réfléchit, c'est lui qui a le plus de cran.
Le danseur, lui, a déjà lâché prise. Il n'a plus rien à perdre. En le rejoignant, le premier suiveur prend le risque de passer pour l'idiot qui suit l'idiot.
Puis le duo devient un trio. Trois personnes, c'est un groupe. Un groupe auquel il est de moins en moins ridicule d'appartenir. Jusqu'à l'effet inverse.
Ce n'est pas pour la musique
Pourquoi se sont-ils tous levés ?
La musique, ils l'entendaient déjà, assis.
Dans cette foule, des gens voulaient danser, sans pour autant se l'autoriser. Le danseur montre que c'est possible. Le suiveur, que c'est légitime.
Et puis, à un moment, ça bascule. Impossible de dire quand exactement. Mais passé un certain nombre, on ne se lève plus pour danser.
On se lève pour ne pas rater le truc.
Ce n'est plus le ridicule qui fait peur. Désormais, on craint d'être le dernier scotché dans l'herbe pendant qu'une belle histoire se crée sans nous.
Le mot de la fin
Je repense souvent à cette colline.
Tout le monde entendait la musique. Ce qui manquait à ceux plantés dans l'herbe, ce n'était pas l'envie. C'était la permission.
Le fou est celui qui s'en passe. Le premier suiveur, celui qui la donne. La foule, celle qui l'attend.
Et vous, de qui attendez-vous la permission ?
