Réflexions d'un jeune papa

Ulysse Lubin

3/12/2025

4

min de lecture

Il y a un mois, ma fille a pointé le bout de son nez.

Son souffle est minuscule. Sa présence est immense.

Elle a fait de moi un papa.

Je la regarde dormir. Parfois, elle me regarde aussi.

Et dans ses yeux, je peux lire une question silencieuse : « Et maintenant ? »

Eh bien, je ne sais pas. Je sais juste qu'elle bouleverse déjà ma manière d'être. Je dors moins. Je cours plus. Je pense autrement.

Elle est là. Et elle vient remettre de l'ordre dans mes priorités.

Dans cette newsletter, sûrement l'une des plus personnelles depuis 2020, j'aimerais partager quelques réflexions d'un jeune papa.

Tordre le fil de sa lignée

Chaque génération hérite de la précédente.

Pour le meilleur. Et pour le pire.

Quand je regarde ma fille, je me demande ce que je vais lui transmettre.

Il y a les savoirs fondamentaux de nos ancêtres (se laver, cuire les aliments), les réflexes plus récents comme boucler sa ceinture en voiture. Et puis il y a un bagage plus lourd à porter. Transgénérationnel. Invisible.

Mon père, par exemple, n'a jamais appris à être parent.

Son père à lui, il ne l'a presque pas connu. À 17 ans, il a fugué de chez lui. Ensuite, il n'a pas parlé à sa mère pendant 30 ans. Puis il a répété ce schéma.

Il est parti quand j'avais 4 ans.

Quand mon envie de paternité a fait surface, je me suis beaucoup questionné. Que signifie être père ? Est-ce une identité ? Un rôle ? Un droit ? Un devoir ?

À mesure que le ventre de Valentine gonflait, j'ai laissé infuser mes doutes, mes craintes, mes intuitions. Avec une idée en tête : tordre le fil de ma lignée.

Choisir en conscience ce que l'on souhaite transmettre est une responsabilité. Et l'endosser est une lutte quotidienne pour ne pas projeter ses blessures.

Pour l'instant, ma fille est pure. Elle ne sait encore rien. Elle regarde chaque chose avec un œil neuf, sans biais, sans trauma (si ce n'est l'accouchement).

Sur cette page blanche, mon rôle est d'installer un prologue sain.

La suite, ce sera à elle de l'écrire.

Absorber → Rejeter → Ajouter

Quand j'étais enfant, je m'enfilais un mega bol de céréales ultra-transformées au petit-déjeuner, plus trois à quatre tartines de Nutella au goûter.

Un jour, j'ai demandé à ma mère (qui est médecin) pourquoi elle me laissait avaler autant de cochonneries. Elle m'a répondu : « À l'époque, on ne savait pas. Et tu aimais tellement ça. » Elle voulait juste me faire plaisir.

Dans les 90's, le sucre était roi. Le gras, l'ennemi n°1. Les pubs répétaient que « les produits laitiers sont nos amis pour la vie ». Bref, un ramassis de conneries.

Dans notre quête humaine de progrès, je vois 3 étapes :

  1. Absorber
  2. Rejeter
  3. Ajouter

D'abord, absorber ce qui est utile, comme regarder avant de traverser la route.

Nous profitons ainsi de la sagesse de ceux qui nous précèdent. Le piège, c'est de croire que passé un certain stade, il n'y a plus rien à apprendre.

Ni des anciens. Ni des plus jeunes.

Ensuite, rejeter ce qui ne l'est pas (ou plus), comme les Frosties de Kellogg's.

Plus le temps passe, plus notre compréhension du monde s'affine. La science progresse. Le savoir s'accumule. Certaines croyances deviennent obsolètes. C'est un effort d'esprit critique permanent.

Enfin, ajouter ce qui nous est propre.

Dans ma famille, personne n'a reçu d'éducation financière. C'est une discipline que j'explore en autodidacte depuis des années. Par exemple, je ne prépare pas ma retraite de la même manière que mes parents.

Eux suivent le modèle classique par répartition. De mon côté, je réfléchis plutôt par capitalisation. Et à ma fille, j'ai déjà ouvert un plan d'épargne enfant, sur lequel j'investis en actions, ETF, cryptos.

Imaginez les effets cumulés sur 18 ans !

Autre exemple : l'entrepreneuriat. Dans ma lignée, il n'y a aucun entrepreneur. C'est un saut dans l'inconnu que j'ai effectué à mes 22 ans (bientôt 10 ans !). Je pourrais aussi parler du sport, du dépassement de soi ou de la spiritualité.

Ces sujets, je les ajoute à mon système familial. Naturellement, ma fille sera bénéficiaire de mes découvertes. Son job, à elle, sera de faire le tri.

D'absorber. De rejeter. D'ajouter.

Le rapport au temps

Avant sa naissance, on m'a prévenu : « Profite, après tu n'auras plus le temps ! »

C'est un défi, c'est vrai.

Les journées filent. Les nuits s'émiettent.

Mais parfois, tout ralentit.

Avant, scroller une heure passait en un clin d'œil. Aujourd'hui, regarder ses yeux gris dure une éternité.

Le temps a cette étrange caractéristique de pouvoir se contracter et se dilater.

Depuis qu'elle est là, je n'ai pas moins de temps. Nous avons tous le même : 24h par jour. J'en ai surtout moins à gaspiller. Je ne tergiverse plus.

Quand je cours, je cours. Quand j'écris, j'écris.

Elle m'attend. Et cela suffit à m'arracher au superflu.

L'enfant ou le marathon ?

Passé trente ans, soit on fait un gosse, soit un marathon.

Du moins, c'est ce qui se dit.

Un de mes meilleurs amis vient aussi de devenir père. Quand je lui ai suggéré de se serrer les coudes pour conserver une discipline sportive, il m'a répondu : « Pour le moment, je n'ai ni le temps ni l'énergie. »

Je comprends. C'est intense.

Mais c'est justement là que tout se joue.

Notre corps est notre seul véhicule terrestre. Il ne s'entretient pas « quand ce sera plus simple ». Parce qu'il y aura toujours une nouvelle excuse.

Un autre projet. Un autre enfant.

Les bonnes habitudes s'ancrent quand c'est dur.

J'ai à cœur de créer un environnement où il est normal de bouger chaque jour.

Pour consolider cette intention, je me suis inscrit au 10km de Cannes. Puis je vais préparer l'HYROX Paris (en avril). Ces courses sont des outils au service de ma discipline. Avec Valentine, on s'organise pour que ce soit possible.

Alors ? Enfant ? Marathon ? Pourquoi pas les deux !

Plus ambitieux que jamais

De nombreuses raisons peuvent nous pousser à entreprendre.

Par le passé, j'ai été guidé par un esprit de revanche et une envie de liberté. Parfois, aussi, par ennui. Ou pour me prouver que j'en étais capable.

Depuis peu, une nouvelle force m'anime : être un exemple pour ma fille.

Mais un exemple de quoi, exactement ?

Pas de la réussite à tout prix. Plutôt du courage de suivre ses idées.

Je veux qu'elle me voit libre de créer. Qu'elle ait l'audace de rêver grand. Qu'elle grandisse dans un monde où l'imagination est une force.

Un monde où le mot « possible » s'étire au-delà du normal.

Cette mission me rend plus ambitieux que jamais.

Je travaille sur un nouveau projet. Ce sera une marque. Un mouvement.

Son nom de code : Supranormal.

J'en parlerai bientôt.

Le mot de la fin

On dit que l'on « élève » un enfant.

Et j'y pense souvent.

Pas seulement nourrir, protéger, aimer. Mais hisser, donner de la hauteur.

Pour conclure, voilà juste une phrase que j'aime bien :

« Un nain juché sur les épaules d'un géant voit plus loin que le géant lui-même. »

PS : Elle s'appelle Gaïa.

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